Espéranto – 140 ans : ceci n’est plus un projet
9-11 juin 2027
Campus Condorcet, Paris
Organisé par Sébastien Moret (UNIL-SHESL) et Pascal Dubourg Glatigny (Centre Alexandre Koyré, CNRS-EHESS-MNHN)
Appel à communications
En 1887, Lazare Louis Zamenhof lançait depuis Varsovie son projet de langue internationale au moyen de petites brochures (en russe, polonais, français et allemand) présentant les principes linguistiques et intellectuels d’une future « langue internationale ». L’ouvrage contenait l’ébauche d’un système linguistique avec une grammaire et un vocabulaire, et le mettait en œuvre à travers quelques exemples. Cette proposition n’avait pas seulement l’ambition de devenir la langue seconde de communication de l’humanité, mais son auteur affirmait également sa conviction qu’elle contribuerait à atténuer les antagonismes et les inimitiés dus aux inégalités entre les peuples et les nations.
À l’occasion du cent quarantième anniversaire de cette publication fondatrice, un colloque international a pour ambition de réunir des spécialistes de différentes disciplines autour de l’examen de cette expérience singulière, issue d’un projet d’abord linguistique et local et s’étant progressivement étoffée de dimensions sociales et culturelles mondiales.
L’espéranto, mais aussi le volapük, cette autre langue construite qui l’avait précédé de quelques années et ne lui survivrait pas, apparaissaient dans un contexte où une langue facile à acquérir et à utiliser, sans lien avec une nation particulière, semblait être le complément indispensable des progrès techniques comme le télégraphe et le téléphone, les paquebots transatlantiques et les chemins de fer, qui facilitaient et accéléraient le rapprochement des personnes. L’Histoire de la langue universelle (1903) de Louis Couturat et Léopold Leau s’ouvrait sur ces mots :
La nécessité d’une langue internationale auxiliaire n’est plus contestée par personne : elle s’impose avec une évidence et une urgence croissantes, à mesure que se développent les relations de toute sorte entre les nations civilisées. C’est un lieu commun que de constater les progrès inouïs des moyens de communication : on pourra bientôt faire le tour du monde en quarante jours ; on télégraphie […] d’un côté à l’autre de l’Atlantique ; on téléphone de Paris à Londres, à Berlin, à Turin.
Dans le domaine de la linguistique, le concept semblait moins acquis. Si le XVIIe siècle, avec les langues philosophiques, et dans une certaine mesure le XVIIIe siècle, avec notamment la langue comme « contrat » primordial chez Rousseau, avaient pu concevoir un acte artificiel de création d’une langue, le XIXe siècle tardif, tout imprégné encore de naturalisme et des préceptes néogrammairiens, semblait à première vue ne pas être disposé à accorder de place à des langues créées artificiellement qui surgissaient pourtant à tout-va. Les linguistes de l’époque furent ainsi plusieurs à s’opposer à ces « monstres » linguistiques (Moret 2004), disant qu’on ne pouvait créer consciemment une langue, puisqu’une langue ne pouvait pas avoir de naissance, si l’on suit les réflexions de Kihm à propos des créoles (1984). D’autres, comme Albert Dauzat (1912), tendaient à montrer les dangers que de telles langues faisaient courir aux langues nationales et à certaines de leurs ambitions. Malgré certains avis tranchés voire péremptoires, le volapük et l’espéranto entrèrent dans le débat et dans les discussions des linguistes, certains s’engageant ouvertement en faveur d’une langue internationale auxiliaire artificielle (Schuchardt, Meillet, Jespersen, Baudouin de Courtenay…). Mais il y a plus encore, car il n’est pas trop de dire, comme Michel Bréal dès 1908, que le succès d’abord du volapük, puis de l’espéranto, a obligé « les linguistes, aussi bien les adversaires que les partisans [de ces langues], à s’expliquer sur l’idée qu’ils se font du langage en général. » L’espéranto a ainsi contribué à élargir le champ des interrogations et des problèmes des théories sur les langues et le langage (Axmanova, Bokarev 1956 ; Martinet 1946 ; Schubert 1989). Ainsi la langue de Zamenhof a clairement produit une matrice de réflexion pour la linguistique.
Les prédictions des néogrammairiens Brugmann et Leskien (1907) sur le fait que les langues artificielles finiraient par s’éteindre d’elles-mêmes – comme n’importe quelle création hybride – ne se sont pas réalisées, et depuis 140 ans, bien loin d’être un simple instrument de communication, l’espéranto a affirmé son existence comme phénomène non seulement linguistique, mais aussi social, culturel, littéraire et même politique.
L’embryon linguistique proposé en 1887 à Varsovie était rapidement devenu durable et mondial, et s’était fait connaître sous le nom d’espéranto. Sur tous les continents, des individus, locuteurs de langues dominantes comme de langues réprimées, de toutes classes sociales, de toutes religions, commencèrent à tisser des liens et, progressivement, à faire communauté. Dès le début du XXe siècle, des enfants acquirent la langue dans le cercle familial, ce qui contribue à faire de l’espéranto, pour certains, la langue de l’intime et des émotions (Fiedler, Brosch 2022). C’est ainsi par l’usage que la proposition de Zamenhof est progressivement devenue une langue à part entière et que, à ce titre, son évolution lexicale et morphologique a fait l’objet de débats et de polémiques faits de consolidation, d’évolution, d’enrichissements et d’innovations linguistiques acceptées ou refusées (Moret 2020), mais aussi de schismes et de concurrences nouvelles comme l’ido, l’occidental, l’interlingua… (Garvía 2015).
En presque un siècle et demi, l’espéranto est devenu et reste une expérience certes minoritaire mais réussie qui a réalisé une langue du quotidien complète et produit un important corpus de textes littéraires et scientifiques ; il s’est exprimé depuis à travers tous les canaux et technologies de communication qui sont apparus et disparus au cours du temps. Cette langue dite « artificielle », malgré une invisibilité totale dans l’espace public, a atteint un niveau de densité tel que certains linguistes avancent que l’espéranto se comporte désormais comme n’importe quelle langue « naturelle » (Lindstedt 2006, Koutny 2009).
Au-delà des études purement linguistiques, l’espéranto a récemment attiré l’attention des sciences humaines et sociales. La question des langues artificielles en général et de l’espéranto en particulier dépasse désormais les cercles amateurs des espérantistes savants. On constate, depuis plusieurs années, une augmentation relative mais notable de publications consacrées à ce sujet, que ce soit entièrement ou en partie (voir, entre autres, Garvía 2015 ; Gogibu 2020 ; Gordin 2015 ; Heller 2017 ; Karlander 2020 ; Okrent 2010 ; Sorlin 2012). Cette tendance scientifique n’est pas l’œuvre des seuls (inter)linguistes ou historiens de la linguistique, mais recouvre une large frange de chercheurs (sociolinguistes, historiens, philosophes, géographes, sociologues, anthropologues, spécialistes de sciences politiques), qui s’attellent à démêler le phénomène linguistique, historique et socio-anthropologique, constituant l’espéranto et sa communauté de locuteurs comme objet d’étude.
L’espéranto entre ainsi dans des réflexions touchant à la linguistique des minorités et aux droits linguistiques (Tonkin 2017 ; Gazzola et al. 2023 ; Bhattacharyya 2024), à l’histoire juive (Schor 2016 ; Eckert 2025); on intègre et analyse sa communauté dans l’ère des technologies de la communication (Fians 2022) et, après avoir étudié les persécutions que les espérantistes ont subies durant les régimes totalitaires (Lins 2016-2017), on cherche à comprendre comment l’expérience espérantiste relance ou élargit le questionnement transnational (Dubourg Glatigny 2024). Il est fort probable, comme le souligne Humphrey Tonkin (2022), que la publication au début des années 1990 de La recherche de la langue parfaite dans la culture européenne (Eco 1994, pour la première traduction en français) par Umberto Eco ait ouvert la voie en rendant le sujet, pour ainsi dire, sinon « licite » du moins légitime, dans les cercles universitaires. De ce fait, l’espéranto est de plus en plus abordé par des chercheurs qui n’avaient à l’origine aucun intérêt ni aucune implication dans le mouvement lui-même.
Un demi-siècle après l’imposant volume Esperanto en perspektivo (1974), le colloque sera l’occasion d’un dialogue interdisciplinaire sur l’évolution de cette expérience linguistique unique.
Les thématiques suivantes – simples suggestions nullement exhaustives – pourront être abordées :
1) L’espéranto un objet historique ? Origine de l’approche diachronique, diversité sociale et culturelle des locuteurs, problèmes de périodisation.
2) Comment les espérantistes ont-ils progressivement fait groupe ? Distinction entre le mouvement et la communauté, entre espérantistes et espérantophones, la langue comme bien partagé, la démocratie linguistique interne, idiolectes et personnalisation de la langue.
3) L’espéranto et la linguistique institutionnelle. L’espéranto comme matrice de réflexion et d’évolution pour les théories linguistiques. Du caractère « naturel » ou « artificiel » des langues, etc.
4) Tératologie linguistique : l’espéranto et les autres langues auxiliaires artificielles face à leurs critiques. Le discours sur les langues artificielles vs le discours sur les créoles.
5) L’espéranto et les innovations linguistiques : terminologie, latinisation, sténographie et langue des signes.
6) Du projet à la langue – comment la langue s’est-elle constituée ? Les modalités d’extension du lexique, les modes de communication, d’échange et de validation des innovations, l’anti-auctorialité de Zamenhof (face à l’auctorialité intransigeante de Schleyer, l’auteur du volapük, par exemple), les traductions littéraires et l’espéranto comme « langue pont ».
7) L’espéranto comme objet de recherche : un carrefour des sciences humaines et sociales à l’heure du tournant spatial et décolonial dans lequel la question de la langue assume un rôle primordial.
8) L’espéranto et les nouvelles technologies : du projet DLT (Distributed Language Translation – Distribuita Lingvo-Tradukado,1981-1990) aux Google trans et DeepL pour l’espéranto.
9) La question des sources pour les recherches sur l’espéranto : problématiques des archives d’une communauté non institutionnelle mondiale et de leur exploitation.
10) L’espéranto, les sciences et les techniques : des communautés transnationales de savants aux œuvres de vulgarisation.
11) L’espéranto, la médecine et l’assistance : de l’Association universelle de médecine (UMEA) active depuis 1908 comme réseau d’échange d’expériences aux liens avec la Croix-Rouge.
12) Espéranto et politique. Espéranto et révolution. Espéranto et marxisme.
13) L’expérience espérantiste et la réforme des langues en général.
14) L’espéranto et le monde juif. L’espéranto face à l’antisémitisme. Hillélisme et Homaranisme.
15) L’espéranto et les religions. L’Internationale catholique (IKA) face à l’Union internationale catholique espérantiste (IKUE), les quakers, les bahaïs, Ōmoto et les mouvements bouddhistes, l’Association islamique d’espéranto…
Langues du colloque : français et anglais
Veuillez envoyer vos propositions (environ 2000-3000 signes) d’ici le 30 septembre 2026 à :
shesl-esperanto-2027@listes.u-paris.fr
Comité scientifique
– Başak Aray (Boğaziçi Üniversitesi, Istanbul)
– Bipasha Bhattacharyya (University of Cambridge)
– Marcus Colla (Universitetet i Bergen)
– Pascal Dubourg Glatigny (Centre Alexandre Koyré, CNRS-EHESS-MNHN)
– Denis Eckert (Géographie-cités, CNRS-Paris 1 Panthéon Sorbonne-EHESS)
– Christopher Gledhill (Université Paris Cité)
– Federico Gobbo (Universiteit van Amsterdam)
– Chloé Laplantine (SHESL, HTL, CNRS-Paris Cité, Sorbonne nouvelle)
– Sébastien Moret (SHESL, Université de Lausanne)
– Philippe Planchon (Université de Tours)
– Anne Rasmussen (Centre Alexandre Koyré, CNRS-EHESS-MNHN)
– Didier Samain (SHESL, Université Paris Cité)
– Dan Savatovsky (SHESL, Sorbonne nouvelle, HTL)
– Humphrey Tonkin (University of Hartford)
Bibliographie sélective
– Başak Aray (2019). “Louis Couturat, modern logic, and the international auxiliary language”, British Journal for the History of Philosophy, 27(5), 979-1001.
– O. S Axmanova, E. A. Bokarëv (1956). «Meždunarodnyj vspomogatel’nyj jazyk kak lingvičeskaja problema» [La langue internationale auxiliaire comme problème linguistique], Voprosy jazykoznanija, 1956, 6, 65-78.
– Viola Beckman, Liliana Feierstein (eds.) (2023). Language as Hope: L.L. Zamenhof and the Dream of a Cosmopolitan Wor(l)d, Berlin, Hentrich & Hentrich.
– Bipasha Bhattacharyya (2024). “Mohandas Gandhi and the Uses of Esperanto: Language as a Tool for Coercive State-Making”, Language Problems & Language Planning, 48:3, 292-315.
– Michel Bréal (1908). « [Compte rendu de : Brugmann & Leskien 1907] », Revue critique d’histoire et de littérature, 13 (2 avril 1908), 244-246.
– Karl Brugmann, August Leskien (1907). Zur Kritik der künstlichen Weltsprachen. Straßburg, Karl J. Trübner.
– Marcus Colla (2025). “Back to Babel: New Studies on Esperanto, Internationalism and Global Languages in the Nineteenth and Twentieth Centuries”, The English Historical Review, CXL/607, 1486-1505.
– Louis Couturat, Léopold Leau (1903). Histoire de la langue universelle, Paris, Hachette.
– Albert Dauzat (1912). La défense de la langue française, Paris, Armand Colin.
– Pascal Dubourg Glatigny (2024). “Esperantists in the Twentieth Century: Making Connections in an Age of Division”, Cultural History, 13.2, 103-122.
– Umberto Eco (1994). La recherche de la langue parfaite dans la culture européenne, Paris, Seuil.
– Denis Eckert (2025). “Naftali Naymanovich and the First Esperanto Textbook for Yiddish Speakers (1888)”, East European Jewish Affairs, 1-28.
– Guillaume Enguehard, Philippe Planchon, Alice Ray (éds) (2025). La créativité linguistique au prisme des langues construites / Linguistic Creativity Through the Lens of Constructed Languages (RiCOGNIZIONI, 12, 23).
– Guilherme Fians (2022). Esperanto Revolutionaries and Geeks. Language Politics, Digital Media and the Making of an International Community, Cham, Palgrave Macmillan.
– Guilherme Fians, Bernhard Struck, Claire Taylor (2025). Postcards, Translators and Esperanto Pioneers: An Alternative History of International Communication,London, University of London Press.
– Sabine Fiedler, Cyril Robert Brosch (2022). Esperanto – Lingua Franca and Language Community, Amsterdam / Philadelphia, John Benjamins.
– Roberto Garvía (2015). Esperanto and its Rivals. The Struggle for an International Language, Philadelphia, University of Pennsylvania Press.
– Michele Gazzola, Federico Gobbo, David Cassels Johnson, Jorge Antonio Leoni de León (2023). Epistemological and Theoretical Foundations in Language Policy and Planning, Cham, Palgrave Macmillan.
– Vincent Gogibu (2020). « L’espéranto : entre complot juif et menace sur la langue française. Remy de Gourmont et Ernest Gaubert », in Stéphanie Bertrand & Jean-Michel Wittmann (dir.), Le nationalisme en littérature (II). Le « génie de la langue française » (1870-1940), Bruxelles, Peter Lang, 243-257.
– Michael D. Gordin (2015). Scientific Babel. How Science Was Done before and after Global English, Chicago / London, The University of Chicago Press.
– Claude Hagège, Istvan Fodor (1983-1994). Language reform: history and future = La réforme des langues : histoire et avenir = Sprachreform: Geschichte und Zukunft, vol. 1-6, Hamburg, Buske.
– Monika Heller (2017). “Dr. Esperanto, or Anthropology as Alternative Worlds”, American Anthropologist, 119, 1, 12-22.
– David Karlander (2020). “Ideological Indeterminacy: Worker Esperantism in 1920s Sweden”, Language & Communication, 71, 95-107.
– Alain Kihm (1984). « Les difficiles débuts des études créoles en France (1870-1920) », Langue française, 63, 42-56.
– Marcel Koschek (2024). Local internationalists: Polish and Central European Esperantist Networks between the Local, National, and Global, c. 1890s-1910s, PhD, University of St. Andrews.
– Ilona Koutny (2009), „Esperanto im Rahmen der Sprachtypologie“, in S. Fiedler (Hg.). Esperanto und andere Sprachen im Vergleich. Beiträge der 18. Jahrestagung der Gesellschaft für Interlinguistik e.V., 21.-23. November 2008 in Berlin, Interlinguistische Informationen 16. Berlin, Gesellschaft für Interlinguistik, 117-130.
– Ivo Lapenna, Ulrich Lins, Tazio Carlevaro (red.) (1974). Esperanto en perspektivo, London / Rotterdam, UEA / Centro de Esploro kaj Dokumentado pri la Monda Lingvo-Problemo.
– Ulrich Lins (2016–2017). The Dangerous Language – Esperanto Under Hitler and Stalin, vol. 1-2, Londres, Palgrave Macmillan.
– Jouko Lindstedt (2006). “Native Esperanto as a test case for natural language”, in M. Suominen et al. (eds.), A man of measure. Festschrift in Honor of Fred Karlsson on his 60th Birthday. Special supplement to SKY Journal of Linguistics 19, Turku, The linguistic association in Finland, 47-55.
– Mélanie Maradan (2021). Uncertainty in Deliberate Lexical Interventions. Exploring Esperanto Speakers’ Opinions through Corpora. Berlin, Frank & Timme.
– André Martinet (1946). « Les langues artificielles et la linguistique », Words, 2, 1, 37-47.
– Antoine Meillet (1918). Les langues dans l’Europe nouvelle, Paris, Payot.
– Sébastien Moret (2004). « D’un vice caché vers une nouvelle conception de la langue : les langues artificielles et la linguistique », Cahiers Ferdinand de Saussure, 57, 7-21.
– Sébastien Moret (2020). « Comment enseigner une langue qui vient d’apparaître. Le cas de l’espéranto », in F. Dell’Oro Francesca (éd.), Méthodes et modèles de l’apprentissage des langues anciennes, vivantes ou construites, hier et aujourd’hui (Cahiers du CLSL, 62), Université de Lausanne, 141-174.
– Arika Okrent (2010). In the Land of Invented Languages, New York, Spiegel & Grau Trade Paperbacks.
– Esther Schor (2016). Bridge of Words: Esperanto and the Dream of a Universal Language, New York, Metropolitan Books.
– Klaus Schubert (with Dan Maxwell) (eds.) (1989). Interlinguistics – Aspects of the Science of Planned Languages, Berlin / New York, Mouton de Gruyter.
– Hugo Schuchardt (1888). Auf Anlass des Volapüks, Berlin, R. Oppenheim.
– Hugo Schuchardt (1904). „Bericht über die auf Schaffung einer künstlichen internationalen Hilfssprache gerichtete Bewegung“, Almanach der Kaiserlichen Akademie der Wissenschaften, 54, 281-296.
– Sandrine Sorlin (2012). Langue et autorité. De l’ordre linguistique à la force dialogique, Rennes, Presses universitaires de Rennes.
– Humphrey Tonkin (2017). “Naturalizing a Planned Language: Esperanto and the Promotion of Linguistic Diversity”, in Maryam Borjian (ed.), Language and Globalization, London, Routledge, 144-157.
– Humphrey Tonkin (2022). «Esperanto: esploraj prioritatoj», Esperantologio / Esperanto Studies, New Series 3 (11), p. 86-107.
– Ana Velitchkova (2022). “Nationalized Cosmopolitanism with Communist Characteristics: The Esperanto Movement’s Survival Strategy in Post–World War II Bulgaria”, Social Science History, 46 (3), 617-642.