Colloque SHESL 2027

Histoire de la terminologie – Terminologie diachronique
Émergence d’une conscience terminologique

 sous la responsabilité de Danielle Candel (SHESL / HTL), Pascaline Dury (CeRLA) & John Humbley (ALTAE)

28 – 29 janvier 2027
Maison de la recherche, 4 rue des Irlandais, Paris 5e

Appel à communications 

La manifestation proposée fait suite au deuxième colloque sur la terminologie diachronique (organisé à Lyon en 2023). Ce colloque permit de faire un bilan des études de terminologie, cette dernière étant montrée sous ses aspects historiques et dans son évolution. Deux ouvrages collectifs en sont issus (Dury et Picton eds., 2024, et Humbley et Dury eds., à paraître). Le premier de ces deux volumes se focalise sur la diachronie courte à caractère contemporain. Cette approche s’appuie sur des corpus importants, le but étant de suivre l’évolution de la terminologie dans des contextes variés (scientifique, technologique, dans les milieux de recherche ou dans les entreprises). La seconde publication est d’orientation plus historique ; elle est consacrée à l’état de la terminologie à des époques plus lointaines ou à son évolution. Outre ces deux orientations, une autre perspective est à rappeler : c’est l’histoire de la terminologie en tant que discipline émergente (illustrée par la publication de Warburton et Humbley eds., 2025).

Argumentaire
Ce colloque s’inscrit dans la lignée des colloques de « Terminologie diachronique ». Le premier avait eu lieu en 1988 à Bruxelles, organisé par Caroline de Schaetzen, sous l’égide du Conseil international de la langue française (CILF). Le deuxième, « Colloque de terminologie diachronique : un bilan, des perspectives », fut organisé à l’Université Lumière Lyon 2, par Pascaline Dury (CeRLA) en 2023. Et si les thématiques alors annoncées (État des lieux, Buts de la recherche en terminologie diachronique, Méthodes, Diachronie et temporalité, Interdisciplinarité et transdisciplinarité, Applications) restent d’actualité, on observe, dans la pratique, certains chevauchements : ainsi, les études mentionnent couramment « les méthodes », ces dernières se révélant comme thématique transversale; et d’autres thématiques s’y sont ajoutées, souvent empruntées à des disciplines sœurs, telles la lexicographie ou l’histoire. Une autre dimension émerge de l’analyse des communications de ce dernier colloque, qu’il peut être utile de développer désormais : c’est le défi de l’interdisciplinarité.

On note un intérêt certain pour la terminologie diachronique, manifesté par la parution récente de plusieurs publications, le plus souvent collectives. Ainsi, les Cahiers de lexicologie y consacrent deux numéros thématiques : La science par les mots ou comment former une terminologie scientifique au Moyen Âge (n° 126, Ducos et Vigneron eds., 2025), et Terminologie diachronique : méthodologies et études de cas (n° 118, Zanola ed., 2021). Citons aussi Terminology Science & Research, avec La terminologie diachronique (vol. 28, Velicu ed., 2025). Et signalons les études portant sur les aspects diachroniques dans des publications terminologiques générales (Faber et L’Homme eds., 2022).

Cet intérêt pour la terminologie diachronique reste d’actualité. Et l’on sait que, telle qu’elle s’est développée dans le sillage des travaux d’Eugen Wüster, elle se réfère plutôt à la dimension synchronique. S’agissait-il d’une restriction ponctuelle dans le cadre de la normalisation terminologique dont la priorité était de régler des problèmes de communication, ou plutôt d’une prise de position théorique ? Pour répondre à cette question, une relecture des écrits de l’École de Vienne pourra être utile (voir aussi Candel, Samain et Savatovsky eds 2022).

On constate, chez les scientifiques, une évolution de la terminologie qu’ils emploient. Ils nous offrent ainsi des éléments concrets d’histoire de la terminologie. Ils proposent tout à la fois de précieux exemples de cette conscience terminologique dont ils font preuve, et de leur réflexion sur la terminologie, de l’intérêt qu’ils portent aux termes. Il s’agit là de diachronie courte. En diachronie longue, c’est plutôt le corpus ou l’historien qui servent de relai. Il s’agit, d’un côté, de l’histoire de la terminologie, et, de l’autre, d’une conscience terminologique, dont l’analyse implique une orientation terminologique diachronique.

Trois grands thèmes sont prévus, qui marquent, au sein de l’interdisciplinarité, l’émergence d’une conscience terminologique.

  1. Liens entre Histoire de la terminologie et Terminologie diachronique 

Parmi les objectifs de la terminologie diachronique on peut identifier les recherches qui mettent en lumière les traces linguistiques de l’évolution d’une discipline, d’une science ou d’une pratique. Ces recherches apportent le cas échéant un éclairage langagier à des faits historiques. En revanche, les objectifs de l’histoire de la terminologie comportent l’étude de son émergence en tant que discipline. Et il semble que les relations entre ces deux orientations, histoire de la terminologie et terminologie diachronique, a priori de bon sens, soient peu étudiées. La pratique terminologique conduit-elle nécessairement à une réflexion sur les principes qui la gouvernent ? Peut-on considérer, par exemple, que les réflexions de Diderot sur la « langue des arts », ou celles de Lavoisier ou de Guyton de Morveau sur la nomenclature de la chimie, relèvent, par certains aspects, de la terminologie diachronique, mais aussi des débuts de l’histoire de la terminologie ? Peut-être peut-on déjà parler de l’éveil d’une conscience terminologique ? À côté de ces études de diachronie longue, on relève des études fondées sur des tranches chronologiques bien plus courtes.

Ces études de diachronie courte s’appuient plutôt sur de gros corpus, alors qu’en diachronie longue, où l’on se tourne vers le passé, souvent lointain, les corpus s’amenuisent.

Cette question des corpus en lien avec la dimension diachronique doit également se faire en lien avec les grands corpus numériques et les grandes bases de données, les grands modèles de langage. Il sera intéressant de s’interroger sur les changements méthodologiques à prévoir.

Par ailleurs, on l’a dit, la terminologie diachronique se manifeste sous deux formes assez différentes. On note une première forme de diachronie qui vise à explorer des textes par tranches chronologiques, dans le but de collecter un ensemble d’indices pointant vers les évolutions d’une terminologie, par exemple à des intervalles de cinq ou dix ans. Ce réseau d’indices permet de mettre en lumière des témoignages de changements scientifiques, techniques, administratifs. La seconde forme de terminologie diachronique est à orientation historique, et permet quant à elle l’étude de la constitution ou de l’évolution des sciences ou des techniques dans le passé. La constitution et l’exploitation de tels corpus de textes anciens semblent moins avancées que celles de l’époque actuelle.

Il conviendra également d’évoquer le lien entre « lexicographie » et le couple « terminologie diachronique/histoire de la terminologie ». La lexicographie historique, en effet (qui est exemplifiée dans le domaine français par les dictionnaires du moyen français, français scientifique médiéval, …), permet une forme d’analyse de la terminologie du passé, et, de ce fait, relève de l’histoire des termes, préalable à l’histoire de la terminologie. Les études portant sur les dictionnaires historiques (cf. Cetro 2022 pour Félibien) mettent en lumière les choix lexicaux (spécialisés le cas échéant) des spécialistes de l’époque, éclairant les débuts d’une conscience terminologique.

  1. La terminologie diachronique au défi de l’interdisciplinarité 

L’interdisciplinarité fait partie intégrante de la terminologie diachronique. Le diachronicien doit maîtriser la discipline ou la technologie se manifestant sous la forme de la terminologie, objet de son étude, dans sa collaboration avec le spécialiste du domaine. Et on n’oubliera pas, à l’inverse, les recherches des spécialistes non linguistes qui abordent des questions de terminologie. L’interdisciplinarité caractérise le travail du terminologue qui s’intéresse aux chevauchements de terminologies dans une perspective descriptive ou prescriptive. La terminologie diachronique peut jouer un rôle important dans le cadre d’études historiques variées s’appuyant sur la langue en tant que véhicule de transmission et de création de connaissances spécialisées, et ce par l’analyse des discours produits dans ce cadre. Mais cette participation à des études parallèles n’est pas sans poser des questions épistémologiques. Et c’est le cas d’ailleurs pour toute étude historique portant sur les aspects langagiers de l’expression des connaissances. Dans quelle mesure peut-on mener des études sur l’histoire de la langue sans avoir une formation en histoire et en historiographie ?  Comment envisager la collaboration entre linguistes et spécialistes de domaines, ou spécialistes de l’histoire des sciences et des techniques, voire entre linguistes et historiens ? On peut s’interroger sur la relative rareté du travail d’équipe entre linguistes et spécialistes d’autres domaines. On connaît des exemples de linguistes ayant une seconde spécialisation (histoire, botanique) : s’agit-il de questions d’épistémologie qui peuvent mieux se synthétiser dans une démarche individuelle que dans une approche collaborative ? Quelles que soient les difficultés associées à l’interdisciplinarité, il semble, d’après ce bref tour d’horizon, que la terminologie diachronique s’inscrit inévitablement dans ce cadre.

  1. L’évolution des idées dans les sciences et les techniques, et l’évolution des formulations

On évoquera enfin le rôle de la terminologie dans le développement de la science, ainsi que les apports complémentaires de la lexicologie spécialisée et de la terminologie à orientation conceptuelle. Les dénominations spécialisées évoluent, les terminologies s’enrichissent. Il peut s’agir d’évolutions naturelles. Ou bien, comme pour certains pays, d’évolutions officiellement recommandées, domaine par domaine – et il s’agit alors de l’histoire de la terminologie prescriptive.

L’étude de la terminologie est étroitement liée à l’histoire des idées, comme à l’émergence de nouvelles disciplines. Elle est liée à l’histoire des domaines, à la disciplinarisation, à ses évolutions, à ses développements

Eléments bibliographiques (récents)
Candel, Danielle, 2025, “Terminology in France, Evolution of its official framework”, in Kara Warburton and John Humbley, Terminology throughout History: A discipline in the making, John Benjamins Publishing Company, p. 460-475.

Candel, Danielle, 2022, “General principles of Wüster’s General Theory of Terminology”, Theoretical Perspectives on Terminology – Explaining terms, concepts and specialized knowledge, in Pamela Faber & Marie-Claude L’Homme eds, John Benjamins Publishing Company, p. 37-59.

Candel, Danielle, Didier Samain et Dan Savatovsky eds, 2022, Eugen Wüster et la terminologie de l’école de Vienne, SHESL, HEL Livres, 2.

Cetro, Rosa, 2022, La démarche terminologique d’André Félibien. La systématisation du lexique artistique en français, L’Harmattan Italia.

Ducos, Joëlle et Fleur Vigneron, 2025, Terminology Science & Research, Vol. 28, La terminologie diachronique (section thématique).

Ducos, Joëlle et Fleur Vigneron, 2025, La science par les mots ou comment former une terminologie scientifique au Moyen Âge, Cahiers de lexicologie, 126.

Dury, Pascaline et John Humbley (à paraître), Approches historiques en terminologie, Presses universitaires de Lyon.

Dury, Pascaline et John Humbley, 2025, « La terminologie diachronique comme interface disciplinaire », Velicu, Terminology Science & Research, 28 (https://journal-eaft-aet.net/index.php/tsr), p. 8-31.

Dury, Pascaline et Aurélie Picton eds, 2024, La dimension diachronique dans les langues de spécialité, Lexique n°35. https://edition-scientifique.univ-lille.fr/actualites/detail-actualite/parution-lexique-n35-decembre-2024.

Dury, Pascaline et Aurélie Picton, 2009, « Terminologie et diachronie : vers une réconciliation théorique et méthodologique ? », Revue française de linguistique appliquée, (2), p. 31-41.

Faber, Pamela et Marie-Claude L’Homme eds., 2022, Theoretical Perspectives on Terminology – Explaining terms, concepts and specialized knowledge, John Benjamins Publishing Company, 598 p.

Humbley, John, 2025, « La terminologie avant la lettre », Les Cahiers de lexicologie 126, p. 49-79.

Humbley, John, 2022, « The reception of Wüster’s General Theory of Terminology », Theoretical Perspectives on Terminology – Explaining terms, concepts and specialized knowledge, Pamela Faber & Marie-Claude L’Homme eds., John Benjamins Publishing Company, p. 15-35.

Martin, Robert, 1998, « Le Dictionnaire du moyen français (DMF) », Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 142(4), p. 961-982.

Picton, Aurélie, 2009, Diachronie en langue de spécialité, définition d’une méthode linguistique outillée pour repérer l’évolution des connaissances en corpus : un exemple appliqué au domaine spatial. Thèse de l’Université de Toulouse II.

Samain, Didier (à paraître), dans Dury, Pascaline et John Humbley, Approches historiques en terminologie, Presses Universitaires de Lyon.

Samain, Didier, 2024, “Savez-vous quand on peut parler de terminologie ? », Le saviez-vous 18, HTL, htl.cnrs.fr/le-saviez-vous-18/#d5d0eeb0-0897-4220-bc61-036be90c4e2a, 10 avril 2024.

Selosse, Philippe ed., 2024, « La terminologie à la Renaissance », Le Français préclassique, 26, Paris, Champion.

Velicu, Anca-Marina, ed., 2025, La terminologie diachronique, Terminology Science and Research vol. 28.

Warburton, Kara & John Humbley eds., 2025, Terminology throughout History – A discipline in the making, John Benjamins Publishing Company, 678 p.

Merci d’envoyer vos résumés au plus tard le 30 juin 2026 à shesl2027@listes.u-paris.fr
Les résumés d’environ 250 mots doivent inclure une bibliographie.

Informations : https://shesl.org/colloque2027/ et shesl2027@listes.u-paris.fr

Société d'histoire et d'épistémologie des sciences du langage